Géométrie complexe et racines de l’unité

Traduire les configurations du plan, étudier les racines de l’unité et construire des polygones réguliers.

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Avant de commencer5 questions pour vérifier tes bases
1. Le module de 1 + i vaut…
2. Un argument de i est…
3. Le produit e^(iα)e^(iβ) vaut…
4. Le vecteur de A(1,2) vers B(4,6) a pour coordonnées…
5. Deux arguments du même complexe non nul diffèrent de…

Pourquoi ce chapitre ?

Le problème fondamental : transformer un dessin en preuve

Une figure peut faire soupçonner que trois points sont alignés ou qu'un triangle est rectangle. Pour conclure, il faut une propriété exacte. Les complexes vont traduire la configuration en égalités et rendre le choix du calcul plus lisible : une différence pour un vecteur, un module pour une longueur, un quotient pour comparer deux directions.

Prérequis. Formes algébrique et exponentielle, module d'un quotient, arguments modulo \(2\pi\), vecteurs et angles orientés. On travaille toujours dans un repère orthonormé direct du plan.

Les racines de l'unité et les configurations planes appartiennent au socle. Les similitudes sont expliquées comme outil de résolution ; les racines d'un complexe quelconque et le calcul exact lié au pentagone sont des prolongements guidés.

L'idée avant la formule

Se placer au bon point de départ

Si A a pour affixe a, le nombre \(z-a\) donne le déplacement de A vers M. Soustraire a revient à recentrer le calcul sur A. Par exemple, pour \(a=1+i\) et \(z=4+5i\), ce déplacement a pour affixe \(3+4i\) ; sa longueur vaut 5, même si ni A ni M n'est à l'origine.

Comparer plutôt que décrire séparément

Le quotient \((c-a)/(b-a)\) compare directement \(\overrightarrow{AC}\) à \(\overrightarrow{AB}\). Son module compare les longueurs, son argument mesure l'angle orienté de AB vers AC. Le dénominateur impose \(A\ne B\). Pour parler de l'angle, il faut aussi \(A\ne C\) : un vecteur nul n'a pas de direction.

Une puissance peut refermer un mouvement

Si multiplier par z fait tourner d'un angle \(\theta\) sur le cercle unité, multiplier n fois fait tourner de \(n\theta\). Demander \(z^n=1\) revient à demander que le mouvement revienne au départ après n étapes. Les angles possibles seront répartis régulièrement : c'est l'origine des polygones réguliers que nous allons construire.

Le cours formel

Affixes de points et de vecteurs

Distances et lieux géométriques

L'inégalité \(|z-a|\le r\) avec \(r>0\) décrit le disque fermé ; \(|z-a|<r\) décrit son intérieur. L'égalité \(|z-a|=|z-b|\) avec \(a\ne b\) décrit la médiatrice du segment \([AB]\).

Un quotient pour comparer deux vecteurs

Pour l'alignement, un quotient nul correspond à \(C=A\) et convient. Pour l'orthogonalité de deux droites, il faut deux directions non nulles : préciser les points distincts est indispensable.

Rotations et transformations : un outil expliqué

Multiplier \(z\) par \(\e^{i\theta}\) conserve sa distance à l'origine et ajoute \(\theta\) à son argument. C'est une rotation de centre \(O\) et d'angle \(\theta\). Pour faire tourner autour de \(\omega\), on déplace d'abord le centre à l'origine :

\[z'-\omega=\e^{i\theta}(z-\omega).\]

Multiplier par un réel \(k\) est une homothétie de centre \(O\) et de rapport \(k\). Si \(k<0\), l'angle est en plus décalé de \(\pi\).

Si \(a=1\), c'est une translation ; si \(a=0\), tous les points ont la même image, donc ce n'est pas une similitude. La conjugaison \(z\mapsto\overline z\) est la symétrie par rapport à l'axe réel ; elle conserve les distances et renverse l'orientation.

Racines de l'unité : déterminer toutes les solutions

Schéma : Racines de l'unité : déterminer toutes les solutions

Les cinq points ont ici pour arguments \(2k\pi/5\). Les segments relient les indices consécutifs ; le dessin n'est pas utilisé pour prouver les valeurs des racines.

Racines d'un complexe et longueurs de cordes

Pour deux points du cercle unité d'arguments \(\alpha,\beta\), la longueur de la corde est

\[|\e^{i\beta}-\e^{i\alpha}|=2\left|\sin\frac{\beta-\alpha}{2}\right|.\]

Pour voir chaque étape, posons \(m=(\alpha+\beta)/2\) et \(h=(\beta-\alpha)/2\). Alors \(\beta=m+h\) et \(\alpha=m-h\), donc

\[\begin{aligned}\e^{i\beta}-\e^{i\alpha} &= \e^{im}(\e^{ih}-\e^{-ih})\\[.35em] &= 2i\e^{im}\sin h\end{aligned}\]

par Euler. Le module du produit est \(|2i||\e^{im}||\sin h|=2\times1\times|\sin h|\). Cela prouve la formule, y compris lorsque les deux points coïncident. Pour deux sommets consécutifs d'un polygone régulier à \(n\ge3\) sommets inscrit dans un cercle de rayon \(R\), la longueur du côté est donc \(2R\sin(\pi/n)\).

Boîte à outils : de la figure à la preuve

Construire les deux triangles équilatéraux sur un segment

Orthogonalité et lieu privé d'un point

Soient A et B d'affixes 0 et 2. Pour \(z\ne2\), le quotient \(z/(z-2)\) compare les vecteurs de M vers A et B, puisque l'on peut changer simultanément leurs signes. Si \(z\ne0\) aussi, le quotient est imaginaire pur exactement lorsque l'angle AMB est droit. Le lieu attendu est le cercle de diamètre AB, privé des extrémités lorsque l'on parle d'un angle.

Calculons le quotient avec \(z=x+iy\). Multiplier numérateur et dénominateur par \((x-2)-iy\) donne un dénominateur \((x-2)^2+y^2\), strictement positif tant que \(z\ne2\). Le numérateur se développe en \(x(x-2)-ixy+iy(x-2)-i^2y^2\). Les termes réels sont \(x(x-2)+y^2\) ; les imaginaires donnent \(i[-xy+xy-2y]=-2iy\).

La partie réelle du quotient est donc \([x(x-2)+y^2]/[(x-2)^2+y^2]\). Comme le dénominateur est non nul, elle s'annule exactement lorsque \(x^2-2x+y^2=0\). Ajouter 1 des deux côtés donne \(x^2-2x+1+y^2=1\), soit \((x-1)^2+y^2=1\). Cette équation décrit le cercle de centre \((1,0)\) et de rayon 1, dont \(A\) et \(B\) sont les extrémités d'un diamètre.

Si l'on demande seulement un quotient imaginaire pur, \(z=0\) convient : le quotient vaut 0, qui est imaginaire pur. Si l'on demande un angle entre les droites \(MA\) et \(MB\), on retire aussi \(z=0\), car le vecteur \(MA\) serait nul et ne définirait pas de direction. Le point \(z=2\) est exclu dans tous les cas, puisque le quotient n'y est pas défini.

Transformer les racines en un polygone déplacé

Faire le point par une variante autonome

Essaie cette variante sans relire le corrigé précédent. Explique le choix de ta méthode, puis utilise les contrôles pour décider quelle notion retravailler.

Fiche-mémoire

  • \(\overrightarrow{AB}\) a pour affixe \(b-a\) ; \(AB=|b-a|\) ; le milieu a pour affixe \((a+b)/2\).

  • Le quotient \((c-a)/(b-a)\) a pour module \(AC/AB\) et pour argument l'angle de \(\overrightarrow{AB}\) vers \(\overrightarrow{AC}\).

  • Quotient réel : alignement ; quotient imaginaire pur non nul : orthogonalité des directions.

  • Rotation : \(z'-\omega=\e^{i\theta}(z-\omega)\).

  • \(\U_n=\{\e^{2ik\pi/n}:0\le k<n\}\) ; somme nulle pour \(n\ge2\).

  • Une corde du cercle de rayon \(R\) mesure \(2R|\sin((\beta-\alpha)/2)|\).

Contrôle. Les points définissant mes droites sont-ils distincts ? Ai-je conservé l'ordre des vecteurs ? Ai-je distingué l'argument modulo \(2\pi\) d'une égalité réelle ? Ai-je compté toutes les racines une seule fois ?