Graphes, puissances et suites matricielles

Modéliser un réseau, compter ses chemins et étudier des suites à l’aide des puissances de matrices.

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Un mot d’encouragement, si tu en as besoin

Tu peux avancer à ton rythme. Une difficulté ne définit pas ce dont tu es capable.

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Avant de commencer5 questions pour vérifier tes bases
1. Le produit d’une matrice 2 × 3 par une matrice 3 × 2 a pour format…
2. Le produit matriciel est-il toujours commutatif ?
3. A⁰, pour une matrice carrée A, est…
4. Si u₀ = 2 et uₙ₊₁ = 3uₙ, alors uₙ vaut…
5. Une transformation X ↦ AX envoie le vecteur nul…

Pourquoi ce chapitre ?

Le problème fondamental : compter les parcours d'un réseau

Un plan de transport montre les liaisons disponibles. Tu voudrais compter les parcours qui relient deux stations en exactement cinq étapes, en autorisant les retours. Une énumération à la main devient vite longue. Les matrices vont organiser les possibilités d'une étape, puis composer ces choix.

Prérequis. Produit matriciel, puissances, inverse, suites géométriques et démonstration par récurrence. Les termes propres aux graphes sont définis avant utilisation.

Le socle comprend graphes, matrices, dénombrement de chemins et suites matricielles. Les parcours eulériens et le problème sur Fibonacci sont des prolongements guidés. Une réduction \(A=PDP^{-1}\) sera vérifiée directement, sans supposer un cours de diagonalisation.

L'idée avant la formule

Un sommet intermédiaire organise tous les cas

Pour aller de A à C en deux étapes, choisis d'abord le sommet intermédiaire B. Le nombre de possibilités via B est « nombre de liaisons de A à B » multiplié par « nombre de liaisons de B à C ». Additionne ensuite sur tous les intermédiaires. Tu reconnais le produit ligne-colonne.

Ce qu'on compte doit être annoncé

Deux étapes signifient deux arêtes parcourues, même si tu reviens à ton point de départ. Les puissances compteront ici des parcours avec répétitions possibles, pas nécessairement des chemins sans retour ni des trajets les plus courts. La convention sera précisée avant chaque utilisation.

Déplacer l'origine simplifie une évolution affine

Une suite réelle \(u_{n+1}=au_n+b\) se simplifie en soustrayant une valeur fixe. L'idée reste vraie pour une colonne : si \(L=AL+C\), alors \(U_{n+1}-L=A(U_n-L)\). La quantité mesurée par rapport à L suit une récurrence homogène. Le chapitre construira cette formule et les puissances dont elle dépend.

Le cours formel

Graphes : objets et vocabulaire

Le degré d'un sommet est le nombre d'arêtes qui lui sont incidentes. Le graphe complet \(K_n\) relie chaque paire de sommets distincts ; chaque degré vaut n-1, et son nombre d'arêtes vaut \(n(n-1)/2\).

Schéma : Graphes : objets et vocabulaire

Le graphe représenté a quatre sommets et cinq arêtes. Les degrés, dans l'ordre A,B,C,D, valent 2,3,2,3 ; leur somme 10 correspond bien à deux fois cinq arêtes.

Chaînes, connexité et orientation

Dans un graphe orienté, les liens sont des arcs portant un sens. Un chemin respecte ce sens. Un graphe peut aussi être pondéré : chaque lien porte un nombre (distance, coût ou probabilité selon le modèle).

Un parcours de longueur 0 reste sur son sommet initial. Dans un graphe simple, il n'y a pas de boucle ; une marche de longueur 2 peut pourtant revenir au départ en parcourant la même arête dans les deux sens.

Matrice d'adjacence

Pour un graphe avec plusieurs arcs entre une paire de sommets, le coefficient peut compter les arcs. Pour un graphe pondéré, remplacer 1 par un poids change le sens du calcul : une puissance additionne des produits de poids ; elle ne donne pas automatiquement un nombre de trajets.

Compter les chemins par des puissances

Pour un graphe non orienté à n sommets, il est connexe exactement lorsque chaque paire distincte est reliée par une marche d'au plus n-1 étapes. On peut en effet retirer les boucles d'une marche jusqu'à obtenir un parcours sans sommet répété. Ainsi les coefficients hors diagonale de \(I+M+\cdots+M^{n-1}\) permettent de vérifier la connexité.

Calculer des puissances sans multiplier n fois

Matrices diagonales et nilpotentes

Pour \(D=\operatorname{diag}(a,b,c)\), \(D^n=\operatorname{diag}(a^n,b^n,c^n)\). Les coefficients hors diagonale restent nuls.

Une factorisation vérifiée

Si tu as vérifié \(A=PDP^{-1}\), alors \(A^n=PD^nP^{-1}\) pour tout n naturel. Les facteurs \(P^{-1}P\) s'annulent entre deux copies successives ; au rang 0, \(PI P^{-1}=I\).

Suites de colonnes : cas homogène et affine

Parcours eulériens : un prolongement

Un parcours eulérien utilise chaque arête exactement une fois. Les sommets peuvent être visités plusieurs fois. Si le parcours est fermé, on parle de circuit eulérien. Dans un graphe non orienté connexe, un circuit eulérien existe si et seulement si tous les degrés sont pairs. Un parcours eulérien ouvert existe si et seulement si exactement deux degrés sont impairs : ce sont ses extrémités.

Ce problème diffère du comptage par \(M^n\) : la contrainte de ne pas réutiliser une arête n'est pas encodée dans la seule puissance d'adjacence.

Boîte à outils : relier réseau et évolution

Retrouver une matrice de transition de comptage

Une récurrence affine couplée complète

Soit \(U_{n+1}=AU_n+C\) avec \(A=\begin{pmatrix}1/2&1/4\\0&1/2\end{pmatrix}\), \(C=(1,1)^T\). Le point fixe satisfait \(L_2=L_2/2+1\), donc \(L_2=2\), puis \(L_1=L_1/2+L_2/4+1\), donc \(L_1=3\).

Écris \(A=(1/2)(I+N)\) avec \(N=\begin{pmatrix}0&1/2\\0&0\end{pmatrix}\) et \(N^{2}\)=0. Alors \(A^n=2^{-n}\begin{pmatrix}1&n/2\\0&1\end{pmatrix}\). Pour \(U_0=(0,0)^T\), on obtient

\[U_n=\begin{pmatrix}3-(n+3)2^{-n}\\2-2\times2^{-n}\end{pmatrix}.\]

Détaillons le produit : \(U_0-L=(-3,-2)^T\) et \(A^n(U_0-L)=2^{-n}(-3-n,-2)^T\). Ajouter \((3,2)^T\) donne bien les deux coordonnées affichées. Au rang 0, elles valent \(3-3=0\) et \(2-2=0\), comme la donnée initiale.

Pour la limite, il reste à justifier \(n2^{-n}\to0\), pas seulement \(2^{-n}\to0\). Posons \(v_n=n/2^n\) pour \(n\ge2\). Ce nombre est positif, et \(v_{n+1}/v_n=(n+1)/(2n)=1/2+1/(2n)\le3/4\). Donc \(v_{n+1}\le(3/4)v_n\). En répétant de \(2\) à \(n\), \(0\le v_n\le v_2(3/4)^{n-2}\). La borne supérieure est une suite géométrique de raison entre 0 et 1, donc tend vers zéro ; le théorème des gendarmes donne \(v_n\to0\). Alors

\[\begin{aligned}(n+3)2^{-n} &= n2^{-n}+3\times2^{-n}\\[.35em] &\to 0.\end{aligned}\]

Les deux coordonnées convergent ainsi vers 3 et 2.

Sommer des puissances avec le bon ordre

Posons \(S=I+A+\cdots+A^{n-1}\) pour \(n\ge1\). Le produit \(AS=A+A^2+\cdots+A^n\) décale chaque exposant. Dans \(S-AS\), les termes \(A\) à \(A^{n-1}\) se compensent, laissant \(I-A^n\). Ainsi \((I-A)S=I-A^n\). Si \(I-A\) est inversible, multiplier à gauche par son inverse donne \(S=(I-A)^{-1}(I-A^n)\). Puis \(SC=\sum_{k=0}^{n-1}A^kC\) représente les apports successifs de la récurrence affine. Cette preuve explique le sens de la multiplication et les deux termes qui restent après compensation.

Lorsque I-A n'est pas inversible, l'identité de compensation demeure vraie, mais on ne peut pas la résoudre en multipliant par un inverse inexistant. La somme finie reste alors une expression valide et souvent utile.

Faire le point par une variante autonome

Essaie cette variante sans relire le corrigé précédent. Explique le choix de ta méthode, puis utilise les contrôles pour décider quelle notion retravailler.

Fiche-mémoire

  • Ordre : nombre de sommets ; degré : nombre d'arêtes incidentes ; longueur : nombre de transitions.

  • Fixe l'ordre des sommets avant de construire une matrice d'adjacence.

  • \((M^n)_{ij}\) compte les marches de longueur n, avec répétitions autorisées.

  • \(U_{n+1}=AU_n\) donne \(U_n=A^nU_0\).

  • Si \(U_{n+1}=AU_n+C\) et \(L=AL+C\), alors \(U_n=L+A^n(U_0-L)\).

  • Si \(A=PDP^{-1}\), alors \(A^n=PD^nP^{-1}\) ; les facteurs doivent être vérifiés.

Contrôle. Ai-je confondu un nombre de parcours avec une distance ? Les répétitions sont-elles autorisées ? Ai-je vérifié le premier rang ? Une convergence est-elle effectivement prouvée, au-delà de l'existence d'un point fixe ?