Chaînes de Markov

Modéliser des transitions à deux ou trois états, calculer des distributions et étudier les états invariants.

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Avant de commencer5 questions pour vérifier tes bases
1. Deux issues exhaustives ont pour probabilités 0,3 et p. Que vaut p ?
2. P(B | A) désigne…
3. Avec P(A)=0,5, P(B | A)=0,8 et P(B | non A)=0,2, P(B) vaut…
4. Le produit d’une matrice 2 × 3 par une matrice 3 × 2 a pour format…
5. Si u₀ = 2 et uₙ₊₁ = 3uₙ, alors uₙ vaut…

Pourquoi ce chapitre ?

Le problème fondamental : prévoir une évolution aléatoire

Une personne choisit entre vélo et bus. Si son choix demain dépend de celui d'aujourd'hui, les jours ne sont pas indépendants. Un arbre de probabilités permet de calculer deux jours, mais devient encombrant après vingt jours. La matrice de transition conservera toutes les branches utiles dans un tableau de taille fixe.

Prérequis. Probabilités conditionnelles, formule des probabilités totales, matrices et puissances, suites géométriques et limites. Le programme porte sur des chaînes à deux ou trois états.

Les résultats sur les probabilités de transition et les distributions invariantes sont au programme. Le modèle d'Ehrenfest final est un prolongement guidé. Aucune théorie générale des chaînes de Markov n'est supposée.

L'idée avant la formule

Une probabilité conditionnelle fixe le point de départ

« 80 pour cent des cyclistes reprennent le vélo » décrit ce qui arrive parmi les personnes à vélo aujourd'hui. Ce n'est pas encore la proportion totale de cyclistes demain. Il faut aussi compter les personnes venant du bus. La formule des probabilités totales additionne ces deux origines.

Construire le calcul sur cent personnes

Suppose 50 cyclistes et 50 usagers du bus. Si 80 pour cent des premiers restent à vélo et 30 pour cent des seconds y reviennent, l'effectif attendu à vélo demain est \(50\times0{,}8+50\times0{,}3=55\). Diviser par 100 donne la probabilité \(0{,}55\). Une colonne de la matrice réunira ces contributions vers le même état d'arrivée.

Un équilibre possible n'est pas une convergence prouvée

Une distribution invariante se reproduit après une transition. Mais une population partie ailleurs peut osciller : si deux états s'échangent à chaque étape, \((1/2,1/2)\) reste fixe tandis que \((1,0)\) alterne avec \((0,1)\). Nous séparerons donc la recherche d'un invariant et la preuve d'une limite.

Le cours formel

États, propriété de Markov et homogénéité

Pour une histoire de probabilité non nulle se terminant en i, le modèle impose \(P(X_{n+1}=j\mid X_n=i,\ldots,X_0=i_0)=p_{ij}\). Les nombres \(p_{ij}\) définissent aussi la loi de l'étape suivante si l'on décide de démarrer en i, même lorsque la distribution initiale étudiée ne donne pas de masse à cet état.

Graphe pondéré et matrice de transition

Schéma : Graphe pondéré et matrice de transition

Dans l'ordre V,B,

\[P=\begin{pmatrix}0{,}8&0{,}2\\0{,}3&0{,}7\end{pmatrix}.\]

La boucle V vers V vaut 0,8 ; l'arc B vers V se lit à la deuxième ligne, première colonne. Pour chaque sommet, les probabilités des arcs sortants totalisent 1. Un arc de probabilité nulle peut être omis du dessin.

Distribution initiale et une transition

Interpréter les puissances de transition

Dans ce contrôle, \((AB)_{ij}=\sum_k a_{ik}b_{kj}\) est une somme de produits positifs ou nuls, donc reste positif ou nul. Pour la somme d'une ligne, on additionne ensuite sur \(j\). Les sommes sont finies : on peut les échanger et mettre \(a_{ik}\) en facteur, car il ne dépend pas de \(j\). La parenthèse vaut 1 puisque c'est la somme de la ligne \(k\) de \(B\). La somme restante vaut 1 puisque c'est la ligne \(i\) de \(A\). Les deux conditions sont ainsi vérifiées, et se transmettent à toutes les puissances par récurrence.

La puissance décrit une arrivée après exactement n transitions. Elle ne donne pas directement la probabilité d'avoir visité j au moins une fois avant n : cette autre question nécessite un événement ou un modèle adapté.

Distributions invariantes et limites

Supposons que chaque coordonnée de \(\pi_n\) converge vers la coordonnée correspondante de \(\ell\). Une limite de nombres positifs ou nuls reste positive ou nulle. La somme comporte seulement deux ou trois termes ; sa limite est donc la somme des limites, égale à 1. Ainsi \(\ell\) est une distribution.

Pour chaque arrivée \(j\), l'égalité d'évolution s'écrit \((\pi_{n+1})_j=\sum_i(\pi_n)_ip_{ij}\). À gauche, décaler le rang de 1 ne change pas la limite, qui vaut \(\ell_j\). À droite, les \(p_{ij}\) sont constants et la somme est finie ; sa limite vaut \(\sum_i\ell_ip_{ij}\). Donc \(\ell_j=(\ell P)_j\) pour chaque \(j\), d'où \(\ell=\ell P\).

Nous sommes partis de l'hypothèse de convergence : cette preuve donne une propriété de la limite si elle existe. Elle ne démontre pas cette existence. Les exemples périodiques ci-dessous montrent pourquoi l'implication ne peut pas être retournée.

Chaîne à deux états : étude complète

Justifions les cas limites annoncés. Si \(0<a+b<2\), soustraire à 1 donne \(-1<1-a-b<1\). Les puissances de ce nombre tendent vers zéro, donc l'écart explicite tend vers zéro. Si \(a+b=0\), la positivité impose

\[\begin{aligned}a &= b\\[.35em] &= 0\end{aligned}\]

\(P=I\) et \(\pi_n=\pi_0\) pour tout \(n\). Si \(a+b=2\), les bornes \(a\le1\), \(b\le1\) imposent

\[\begin{aligned}a &= b\\[.35em] &= 1\end{aligned}\]

\(x_{n+1}=1-x_n\), donc \(x_{2k}=x_0\) et \(x_{2k+1}=1-x_0\). Ces deux valeurs sont égales seulement si \(x_0=1/2\). Sinon deux sous-suites constantes ont des limites différentes, ce qui interdit une limite commune.

Si le coefficient \(1-a-b\) est négatif, l'écart change de signe : on approche l'équilibre en alternant de part et d'autre. S'il est positif, on s'en approche du même côté. Si la distribution initiale est déjà invariante, l'écart est nul dès le départ.

Trois états : calcul, normalisation et exemple convergent

Pour étudier les distributions successives, le produit par \(P\) donne \(u_{n+1}=u_n/2+v_n/4\),

\[\begin{aligned}v_{n+1} &= (u_n+v_n+w_n)/2\\[.35em] &= 1/2\end{aligned}\]

et \(w_{n+1}=v_n/4+w_n/2\). Le total \(u_n+v_n+w_n\) vaut 1 à chaque rang.

Posons \(s_n=u_n+w_n\). En additionnant les première et troisième formules,

\[\begin{aligned}s_{n+1} &= (u_n+w_n)/2+v_n/2\\[.35em] &= 1/2.\end{aligned}\]

Posons \(d_n=u_n-w_n\). En les soustrayant, les deux termes \(v_n/4\) s'annulent :

\[\begin{aligned}d_{n+1} &= (u_n-w_n)/2\\[.35em] &= d_n/2.\end{aligned}\]

La suite \(d\) est géométrique de raison \(1/2\), donc \(d_n=(u_0-w_0)/2^n\).

Pour \(n\ge1\), on connaît \(s_n=1/2\) et \(d_n\). Leur somme vaut \(2u_n\), leur différence vaut \(2w_n\). En divisant par deux,

\[\begin{aligned}u_n &=\frac14+\frac{u_0-w_0}{2^{n+1}},\\v_n &=\frac12,\\w_n &=\frac14-\frac{u_0-w_0}{2^{n+1}}.\end{aligned}\]

La restriction \(n\ge1\) est essentielle : \(v_0\) n'est pas forcément \(1/2\). Comme \(u_0-w_0\) est fixé et \(2^{-(n+1)}\to0\), les trois coordonnées convergent vers \((1/4,1/2,1/4)\). C'est cette étude de l'écart qui prouve la convergence pour toute distribution initiale.

Simulation et calcul exact : deux usages distincts

Le produit \(\pi_0P^n\) calcule une distribution théorique. Une simulation produit une trajectoire particulière. Les fréquences observées fluctuent ; elles ne sont pas une preuve de convergence générale.

def transition_distribution(pi, P):
    r = len(pi)
    return [sum(pi[i]*P[i][j] for i in range(r))
            for j in range(r)]

from random import random

def etape(etat, P):
    u = random()
    cumul = 0.0
    for j, proba in enumerate(P[etat]):
        cumul += proba
        if u < cumul:
            return j
    return len(P[etat]) - 1

Dans la première fonction, \(j\) désigne l'état d'arrivée. La somme parcourt chaque départ \(i\), multiplie son poids initial pi[i] par sa transition P[i][j], puis additionne ces contributions. La liste finale contient une valeur par arrivée : c'est le produit \(\pi P\).

La seconde fonction simule un état, pas une distribution. Le nombre u est tiré uniformément dans \([0,1[\). Pour une ligne \((0{,}2,0{,}3,0{,}5)\), les cumuls deviennent \(0{,}2\), puis \(0{,}5\), puis 1. Si \(u<0{,}2\), on renvoie l'état 0 ; si \(0{,}2\le u<0{,}5\), l'état 1 ; sinon l'état 2. Les longueurs de ces intervalles sont précisément \(0{,}2\), \(0{,}3\), \(0{,}5\), donc les probabilités demandées. La boucle effectue automatiquement cette partition pour la ligne de l'état actuel.

Ces fonctions supposent une matrice de transition valide et des indices cohérents. La seconde partage l'intervalle \([0,1[\) selon les probabilités de la ligne de départ ; la dernière ligne protège contre un léger écart d'arrondi dans la somme. Avant une simulation, vérifie les coefficients et les sommes de lignes.

Boîte à outils : modéliser et interpréter

Ce que décrit une distribution de population

Changer l'ordre des états sans changer le modèle

Pour la même chaîne, la convention V,B donne \(P=\begin{pmatrix}0{,}8&0{,}2\\0{,}3&0{,}7\end{pmatrix}\). La convention B,V donne \(Q=\begin{pmatrix}0{,}7&0{,}3\\0{,}2&0{,}8\end{pmatrix}\). Il faut échanger à la fois les lignes, les colonnes et les coordonnées de la distribution initiale.

Par exemple, \((0{,}9\,;\,0{,}1)\) dans l'ordre V,B devient \((0{,}1\,;\,0{,}9)\) dans l'ordre B,V. Après une étape, les deux descriptions donnent respectivement \((0{,}75\,;\,0{,}25)\) et \((0{,}25\,;\,0{,}75)\). Les nombres sont les mêmes, affectés aux états dans un autre ordre. Échanger seulement les lignes produirait un modèle différent.

Temps d'attente avant une première sortie

Tester la plausibilité d'un modèle homogène

Un modèle avec les mêmes probabilités chaque jour peut être cohérent pour une période donnée. Si les transitions diffèrent systématiquement entre semaine et week-end, il faut soit utiliser des matrices dépendant du jour, soit élargir la description des états. Dans le premier cas, la distribution après deux étapes s'écrit \(\pi_0P_0P_1\), et pas nécessairement \(\pi_0P^2\). L'hypothèse d'homogénéité explique précisément quand une seule puissance suffit.

Faire le point par une variante autonome

Essaie cette variante sans relire le corrigé précédent. Explique le choix de ta méthode, puis utilise les contrôles pour décider quelle notion retravailler.

Fiche-mémoire

  • P est stochastique par lignes : coefficients positifs ou nuls, chaque somme de ligne égale à 1.

  • Convention du cours : distributions en ligne ; \(\pi_{n+1}=\pi_nP\) et \(\pi_n=\pi_0P^n\).

  • \((P^n)_{ij}\) décrit une arrivée en j après n transitions depuis i.

  • Invariant : \(\pi P=\pi\) avec normalisation et positivité.

  • Deux états : \(x_{n+1}=(1-a-b)x_n+b\) ; si \(0<a+b<2\), convergence vers \(b/(a+b)\).

  • Une limite éventuelle est invariante ; un invariant ne garantit pas une limite.

Contrôle. Ai-je fixé l'ordre des états ? Multiplié du bon côté ? Distingué visite et arrivée ? Vérifié chaque somme ? Démontré la convergence dans le modèle étudié ?