Nombres complexes : calcul et équations

Construire les complexes, calculer avec le conjugué et résoudre des équations polynomiales.

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Avant de commencer5 questions pour vérifier tes bases
1. Quel est le développement de (x + 2)² ?
2. Que vaut 1/2 + 1/3 ?
3. La solution de 3x − 2 = 7 est…
4. Si (x − 1)(x + 2) = 0, alors…
5. Que vaut (2³)² ?

Pourquoi ce chapitre ?

Le problème fondamental : une équation qui bloque

Dans les réels, \(x^2+1=0\) n'a pas de solution, car un carré est positif ou nul. Cela ne rend pas l'équation absurde : cela indique que les réels ne suffisent pas. Tu as déjà rencontré ce changement de cadre : \(x+3=1\) conduit aux nombres négatifs, puis \(3x=1\) aux fractions. Ici, nous allons agrandir l'ensemble de nombres en conservant des règles de calcul cohérentes.

Prérequis. Développer \((a+b)^2\), factoriser une différence de carrés, résoudre un système de deux équations et utiliser les coefficients binomiaux. Par exemple, \((x+2)^2=x^2+4x+4\) et \(u^2-v^2=(u-v)(u+v)\).

Statut des résultats. Les opérations, le binôme et les équations polynomiales à coefficients réels constituent le socle. La résolution du second degré à coefficients complexes et le problème sur les entiers de Gauss sont des prolongements expliqués.

L'idée avant la formule

Deux coordonnées dans un seul objet

Pense à \(a+ib\) comme à un couple de réels \((a,b)\). La première coordonnée est la partie réelle, la seconde la partie imaginaire. Ainsi \(3-2i\) contient les informations 3 et \(-2\). La partie imaginaire est le réel \(-2\), et non le terme \(-2i\). L'égalité de deux complexes exigera l'égalité des deux coordonnées : une seule équation complexe peut donc fournir deux équations réelles.

Pourquoi la règle de multiplication est naturelle

Additionner les couples coordonnée par coordonnée est immédiat. Pour multiplier, garde la distributivité, puis remplace \(i^2\) par \(-1\). Par exemple

\[\begin{aligned}(1+i)^2 &= 1+2i+i^2\\[.35em] &= 2i.\end{aligned}\]

La règle nouvelle intervient à un endroit précis ; les autres étapes sont celles du calcul littéral que tu connais.

Le conjugué prépare la division

Le produit \((a+ib)(a-ib)=a^2+b^2\) est réel. Les termes imaginaires se compensent. Cette observation expliquera la division, sans inventer un « dénominateur imaginaire interdit » : multiplier numérateur et dénominateur par le même complexe non nul conserve simplement le quotient.

Le cours formel

Construire et reconnaître un nombre complexe

L'unicité donne \(a+ib=c+id\) si et seulement si \(a=c\) et \(b=d\). En particulier, \(a+ib=0\) impose deux conditions. Le nombre \(0\) est à la fois réel et imaginaire pur.

Addition, produit et puissances

Les premières puissances se calculent une par une : \(i^0=1\), \(i^1=i\), \(i^2=-1\) par définition ; puis

\[\begin{aligned}i^3 &= i^2i\\[.35em] &= (-1)i\\[.35em] &= -i\end{aligned}\]
\[\begin{aligned}\text{et }i^4 &= i^2i^2\\[.35em] &= (-1)(-1)\\[.35em] &= 1.\end{aligned}\]

Après quatre facteurs, on est donc revenu à 1. Pour \(n=4q+r\) avec \(0\le r<4\), les règles des puissances donnent

\[\begin{aligned}i^n &= (i^4)^qi^r\\[.35em] &= 1^qi^r\\[.35em] &= i^r.\end{aligned}\]

La division euclidienne indique ainsi lequel des quatre restes utiliser. Pour les exposants négatifs,

\[\begin{aligned}i(-i) &= -i^2\\[.35em] &= 1,\end{aligned}\]

donc \(i^{-1}=-i\) ; la même réduction reste valable puisque \(i\ne0\).

Conjugaison et inverse

Binôme de Newton dans le corps des complexes

Résoudre des équations avec le conjugué

L'équation \(az=b\) se traite selon \(a\). Si \(a\ne0\), elle admet l'unique solution \(b/a\). Si \(a=0,b\ne0\), elle n'a pas de solution ; si

\[\begin{aligned}a &= b\\[.35em] &= 0,\end{aligned}\]

tout complexe convient.

Une équation avec un dénominateur impose d'abord un domaine. Par exemple \(\frac{z+1}{z-1}=i\) nécessite \(z\ne1\). Après produit en croix, \((1-i)z=-1-i\) donne \(z=-i\), qui appartient au domaine.

Équations du second degré et factorisation

Cette borne ne concerne pas le polynôme nul. Elle ne dit pas, à elle seule, qu'un polynôme possède exactement \(n\) racines distinctes : \((z-1)^3\) n'en a qu'une.

Méthodes de contrôle et prolongement

Pourquoi une racine non réelle vient avec son conjugué. Écrivons \(P(z)=\sum_{k=0}^n c_kz^k\) avec tous les \(c_k\) réels. La conjugaison conserve les sommes et les produits, et \(\overline{c_k}=c_k\). Donc

\[\begin{aligned}\overline{P(z)} &= \sum c_k\overline{z^k}\\[.35em] &= \sum c_k(\overline z)^k\\[.35em] &= P(\overline z).\end{aligned}\]

Si \(P(r)=0\), on en déduit

\[\begin{aligned}P(\overline r) &= \overline0\\[.35em] &= 0.\end{aligned}\]

Lorsque \(r\) n'est pas réel, \(r\) et \(\overline r\) sont distincts.

D'où viennent les contrôles de Viète. Supposons \(P(z)=a(z-r_1)\cdots(z-r_n)\), avec \(a\ne0\). Pour obtenir un terme en \(z^{n-1}\) en développant, on choisit \(z\) dans \(n-1\) facteurs et la constante \(-r_k\) dans le dernier. Il y a un tel terme pour chaque \(k\), donc le coefficient est \(-a(r_1+\cdots+r_n)\). Le comparer au coefficient \(c_{n-1}\) donne \(\sum r_k=-c_{n-1}/a\).

Pour le terme constant, on doit choisir \(-r_k\) dans chaque facteur. Le produit vaut \(a(-1)^nr_1\cdots r_n=c_0\), donc \(\prod r_k=(-1)^nc_0/a\). Les racines sont comptées avec leurs répétitions. Ces identités vérifient une factorisation ; elles ne prouvent pas à elles seules que tous les nombres proposés sont des racines.

Par exemple, les racines carrées de \(3+4i\) sont \(2+i\) et \(-2-i\). Tu peux vérifier directement leurs carrés. Pour une équation du second degré à coefficients complexes, compléter le carré fonctionne encore ; en revanche le « signe du discriminant » n'a plus de sens.

Boîte à outils : choisir puis justifier

Une équation linéaire qui mélange deux écritures

Une équation de degré quatre qui se ramène au degré deux

Racine répétée et coefficients réels

Calculons

\[\begin{aligned}P(-1) &= (-1)^3-3(-1)^2+4\\[.35em] &= -1-3+4\\[.35em] &= 0.\end{aligned}\]

Le théorème de factorisation autorise donc un facteur \(z-(-1)=z+1\). Écrivons \(P(z)=(z+1)(Az^2+Bz+C)\). En distribuant, on obtient \(Az^3+Bz^2+Cz+Az^2+Bz+C\), soit \(Az^3+(A+B)z^2+(B+C)z+C\).

Dans \(z^3-3z^2+0z+4\), les coefficients imposent \(A=1\), \(A+B=-3\), \(B+C=0\), \(C=4\). Avec \(A=1\), la deuxième équation donne \(B=-4\) ; la troisième donne \(C=4\), conforme à la dernière. Donc

\[\begin{aligned}P(z) &= (z+1)(z^2-4z+4)\\[.35em] &= (z+1)(z-2)^2,\end{aligned}\]

car \((z-2)^2=z^2-4z+4\). Un produit est nul lorsque l'un de ses facteurs est nul : les racines distinctes sont \(-1\) et 2. Le facteur \(z-2\) est présent deux fois, mais il donne deux fois le même nombre 2.

Le terme « racine double » signifie ici que le facteur \(z-2\) apparaît deux fois dans cette factorisation. Il ne désigne pas deux nombres distincts. Le contrôle de Viète donne \(-1+2+2=3\) lorsque l'on compte les répétitions, ce qui correspond à l'opposé du coefficient de \(z^2\).

Un fil de décision à retenir

Une somme ou une égalité avec le conjugué appelle souvent la forme algébrique. Un polynôme avec une racine connue appelle une factorisation. Une équation ne comportant que des puissances paires peut appeler un changement d'inconnue. Dans tous les cas, noter le domaine puis vérifier les solutions termine le raisonnement : une suite de calculs sans conclusion n'est pas encore une résolution.

Faire le point par une variante autonome

Essaie cette variante sans relire le corrigé précédent. Explique le choix de ta méthode, puis utilise les contrôles pour décider quelle notion retravailler.

Fiche-mémoire

  • \[z=a+ib;\]
    \[\operatorname{Im}(z)=b\in\R;\]
    \[i^2=-1.\]
  • \[\overline z=a-ib;\]
    \[z\overline z=a^2+b^2;\]
    \[1/z=\overline z/(a^2+b^2)\]

    pour \(z\ne0\).

  • La conjugaison respecte somme, produit, inverse et puissances entières.

  • \[(z+w)^n=\sum_{k=0}^n\binom nk z^{n-k}w^k.\]
  • Une équation avec le conjugué devient un système en \(x,y\) réels.

  • Pour un second degré réel de discriminant négatif, les deux racines sont \((-b\pm i\sqrt{-\Delta})/(2a)\).

  • Une racine \(a\) donne un facteur \(z-a\) ; un polynôme non nul de degré \(n\) a au plus \(n\) racines distinctes.

Avant de conclure. Ai-je précisé le domaine ? Séparé tous les cas ? Conservé le coefficient dominant ? Vérifié les solutions dans l'équation initiale ?