Primitives et intégration

Calculer des primitives et des intégrales, interpréter des aires et démontrer avec le calcul intégral.

Télécharger le PDF
Un mot d’encouragement, si tu en as besoin

Tu peux avancer à ton rythme. Une difficulté ne définit pas ce dont tu es capable.

Trouver du soutien
Avant de commencer5 questions pour vérifier tes bases
1. Quelle fonction a pour dérivée 2x sur ℝ ?
2. Quelle est la dérivée de x ↦ (3x+1)⁵ sur ℝ ?
3. Quelle est la dérivée de ln(x) sur son domaine réel ?
4. Quelle est la dérivée de f(x)=e^(2x) sur ℝ ?
5. Que peut-on dire de (x−1)(x−4) pour x>4 ?

Pourquoi étudier les primitives et l'intégration ?

Le problème fondamental : inverser la dérivation

On sait dériver : passer de \(f\) à \(f'\). Mais comment faire le chemin inverse ? Connaissant la vitesse \(v(t)\), comment retrouver la position \(x(t)\) ? Connaissant le débit d'eau d'un robinet \(q(t)\) (en litres/seconde), comment calculer le volume total écoulé entre \(t=0\) et \(t=T\) ?

Chercher une fonction dont la dérivée est connue, c'est chercher une primitive. L'intégrale permet ensuite de calculer des aires, des volumes, des moyennes ou des quantités accumulées.

Schéma : Le problème fondamental : inverser la dérivation

Des exemples concrets

En cinématique : un objet a la vitesse \(v(t)=3t^2\) m/s. La distance parcourue entre \(t=0\) et \(t=2\) est

\[\begin{aligned}d &= \int_0^2 3t^2\,\mathrm{d}t\\[.35em]&= [t^3]_0^2\\[.35em]&= 8\end{aligned}\]

m. Ici \(v\geqslant0\), donc déplacement et distance coïncident. Une primitive donne la position à une constante initiale près. Si la vitesse est signée et change de signe, la distance est l'intégrale de \(|v|\).

En probabilités : la probabilité qu'une variable aléatoire continue \(X\) de densité \(f\) tombe entre \(a\) et \(b\) est \(P(a\leqslant X\leqslant b)=\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x\). La loi normale, la loi exponentielle, la loi uniforme utilisent toutes des intégrales.

En économie : le surplus du consommateur, la valeur actuelle nette d'un investissement, le coefficient de Gini pour mesurer les inégalités s'expriment comme des intégrales.

En physique : le long d'un axe, si \(F(x)\) désigne la composante signée de la force sur cet axe, son travail est \(W=\int_a^b F(x)\,\mathrm{d}x\). L'énergie potentielle gravitationnelle, la pression hydrostatique, le moment d'inertie sont tous des intégrales.

L'idée directrice

Schéma : L'idée directrice

L'idée avant la formule

Relier dérivée, primitive et intégrale

L'intégrale comme aire : l'intuition géométrique

Faire varier le niveau de la courbe. Dans la manipulation \(f(x)=x^2-c\) sur \([0,2]\), compare \(c=0\), \(c=1\) et \(c=4\). Prévois les signes avant de regarder les résultats. Les rectangles utilisent ici leur milieu ; leur somme est une approximation, les nombres annoncés comme exacts viennent d'une primitive.

Distinguer une intégrale et une aire

Pour f(x) = x² − 1 sur [0 ; 2], prévois où les rectangles apportent une contribution positive ou négative. Augmente leur nombre, puis compare leur somme à l’intégrale.

Chaque rectangle a une largeur 2/n et la hauteur de la courbe au milieu de son intervalle. Bleu : contribution positive ; corail sous l’axe : contribution négative. La fenêtre reste fixe.

Pour x² − 1, l’aire sous l’axe est 2/3 et celle au-dessus est 4/3. L’intégrale vaut 4/3 − 2/3 = 2/3 ; l’aire géométrique vaut 4/3 + 2/3 = 2. Les rectangles donnent une approximation, pas ces valeurs exactes.

Lire les valeurs et les coordonnées

Pour x² − 1, l’aire sous l’axe est 2/3 et celle au-dessus est 4/3. L’intégrale vaut 4/3 − 2/3 = 2/3 ; l’aire géométrique vaut 4/3 + 2/3 = 2. Les rectangles donnent une approximation, pas ces valeurs exactes.

Avec c = 4, toute la courbe est sous l’axe, sauf à son extrémité droite. Explique pourquoi l’intégrale est négative alors que l’aire reste positive. Pour calculer l’aire, à quel endroit dois-tu couper l’intervalle quand 0 < c < 4 ?

\(c\)signe sur \([0,2]\)intégrale signéeaire géométrique
\(0\)positif ou nul\(8/3\)\(8/3\)
\(1\)négatif puis positif\(2/3\)\(2\)
\(4\)négatif ou nul\(-16/3\)\(16/3\)

L'idée des sommes de Riemann

Étape 1 : découper l'intervalle. Pour \(a<b\) et un entier \(n\geqslant1\), on partage \([a,b]\) en \(n\) intervalles de même largeur :

\[\Delta x = \frac{b-a}{n}\]

Les points de subdivision sont : \(x_0=a\), \(x_1=a+\Delta x\), \(x_2=a+2\Delta x\), …, \(x_k=a+k\,\Delta x\), …, \(x_n=b\).

En général : \(\boldsymbol{x_k = a + k\cdot\frac{b-a}{n}}\) pour \(k=0,1,\ldots,n\).

Étape 2 : construire les rectangles. Sur chaque intervalle \([x_k,x_{k+1}]\), on construit un rectangle de largeur \(\Delta x\) et de hauteur \(|f(x_k)|\), en utilisant la valeur de \(f\) au bord gauche. Sa contribution signée est :

\[\begin{aligned}&\text{Contribution signée du rectangle } k\\&= f(x_k)\times\Delta x\end{aligned}\]
Schéma : L'idée des sommes de Riemann
Schéma : L'idée des sommes de Riemann

Étape 3 : sommer les contributions. On obtient une approximation de l'intégrale :

\[\begin{aligned}S_n &= \sum_{k=0}^{n-1} f(x_k)\cdot\Delta x\\[.35em]&= \frac{b-a}{n}\sum_{k=0}^{n-1} f\!\left(a+k\,\frac{b-a}{n}\right)\end{aligned}\]

Étape 4 : passer à la limite. Pour une fonction continue sur \([a,b]\), avec \(a<b\), les sommes convergent lorsque \(n\) tend vers l'infini. Cela ne signifie pas que l'erreur décroît à chaque augmentation de \(n\) pour toute fonction ; un encadrement justifié donne un contrôle plus précis. L'intégrale est la limite de cette somme :

\[\boxed{\begin{aligned}&\int_a^b f(x)\,\mathrm{d}x\\&= \lim_{n\to+\infty} \frac{b-a}{n}\sum_{k=0}^{n-1} f\!\left(a+k\,\frac{b-a}{n}\right)\end{aligned}}\]

Ces sommes donnent un pont entre des calculs finis et une aire. Pour une fonction croissante, les rectangles gauches minorent et les rectangles droits majorent : on peut contrôler l'écart avant de connaître une primitive.

Relier l'aire et la dérivée

Le cours formel

Primitives : définition et unicité

Tableau des primitives usuelles

Primitives des fonctions composées

C'est le cœur technique du chapitre. L'idée est de reconnaître dans l'expression à primitiver une forme \(g'(u(x))\cdot u'(x)\), qui est la dérivée de \(g(u(x))\) par la règle de la chaîne.

Dans la première ligne, \(n\) est entier. Pour une puissance réelle non entière \(\alpha\), on travaille avec \(u>0\) et \(\alpha\neq-1\), comme dans la fiche 11. Les conditions portent sur tout l'intervalle de travail.

L'intégrale définie

Propriétés de l'intégrale

Valeur moyenne d'une fonction

Calcul d'aires

Schéma : Calcul d'aires

Deux aires de \(1/2\) : leur différence est nulle, leur somme vaut 1.

Intégration par parties (IPP)

Le théorème fondamental de l'analyse

Sommes de Riemann

Inégalités intégrales et encadrements

Une suite d'intégrales : comparer avant de calculer

Schéma : Une suite d'intégrales : comparer avant de calculer

Calcul numérique : rectangles, milieux et trapèzes

Pour \(f\) continue sur \([a,b]\), \(a<b\), \(n\geqslant1\) et \(h=(b-a)/n\), pose \(x_k=a+kh\). Quatre approximations utilisent les mêmes subdivisions :

\[\begin{aligned}L_n&=h\sum_{k=0}^{n-1}f(x_k),\\[.35em]R_n&=h\sum_{k=0}^{n-1}f(x_{k+1}),\\[.35em]M_n&=h\sum_{k=0}^{n-1}f\bigl((x_k+x_{k+1})/2\bigr),\\[.35em]T_n&=h\sum_{k=0}^{n-1}\frac{f(x_k)+f(x_{k+1})}{2}.\end{aligned}\]

La dernière somme remplace chaque arc par une corde : chaque morceau devient un trapèze. On a \(T_n=(L_n+R_n)/2\). Pour une fonction croissante, \(L_n\) minore et \(R_n\) majore l'intégrale ; pour une fonction décroissante, les rôles sont inversés. Sans monotonie, les sommes gauche et droite ne fournissent pas automatiquement un encadrement. La convergence des quatre méthodes pour une fonction continue est admise ; l'activité et la preuve suivantes donnent des contrôles concrets.

from math import isfinite, fsum

def quadratures(f, a, b, n):
    if type(n) is not int or n < 1:
        raise ValueError("n doit etre un entier positif")
    if not (isfinite(a) and isfinite(b) and a < b):
        raise ValueError("bornes finies avec a < b")
    h = (b - a) / n
    if not isfinite(h) or h <= 0:
        raise ValueError("pas non representable")
    gauche, droite, milieu = [], [], []
    for k in range(n):
        xg = a + k * h
        xd = b if k == n - 1 else a + (k + 1) * h
        if not xg < xd:
            raise ValueError("subdivision confondue par arrondi")
        vals = (f(xg), f(xd), f(xg + (xd - xg)/2))
        if not all(isfinite(v) for v in vals):
            raise ValueError("valeur non finie")
        gauche.append(vals[0])
        droite.append(vals[1])
        milieu.append(vals[2])
    L, R, M = (h * fsum(v) for v in (gauche, droite, milieu))
    T = L/2 + R/2
    if not all(isfinite(v) for v in (L, R, M, T)):
        raise ValueError("resultat non fini")
    return L, R, M, T

Les valeurs calculées sont des flottants ; vérifier seulement un nombre fini de points ne prouve pas que la fonction est continue entre eux. On justifie le domaine et la monotonie avant d'interpréter ces résultats comme bornes théoriques. Les tests du code détectent quelques entrées invalides et un pas trop petit, sans certifier les erreurs d'arrondi.

Monte-Carlo : une estimation aléatoire

Pour estimer \(\int_0^1x^2\,\mathrm{d}x\), choisissons des points uniformément dans le carré unité. La proportion située sous \(y=x^2\) estime l'aire cherchée. Dans le modèle, les tirages sont indépendants ; la loi des grands nombres explique la convergence de la fréquence vers la probabilité \(p=1/3\). Une réalisation finie ne donne pas une borne certaine et l'erreur peut augmenter lorsque l'on ajoute des points.

from random import Random

def monte_carlo_carre(n, seed=0):
    if type(n) is not int or n < 1:
        raise ValueError("n doit etre un entier positif")
    rng = Random(seed)
    succes = 0
    for _ in range(n):
        x, y = rng.random(), rng.random()
        if y <= x*x:
            succes += 1
    return succes / n

print(monte_carlo_carre(10000, seed=7))

La graine rend l'expérience reproductible ; le générateur simule les tirages du modèle. Avec \(N\) points indépendants, la variance de la fréquence est \(p(1-p)/N\leqslant1/(4N)\). L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, étudiée avec les probabilités, donne

\[P\bigl(|\widehat p-p|\geqslant\varepsilon\bigr)\leqslant\frac1{4N\varepsilon^2},\quad\varepsilon>0.\]

Cette majoration concerne une probabilité d'erreur, pas chaque simulation isolée. Pour \(N=10000\) et \(\varepsilon=0{,}05\), elle vaut \(0{,}01\) ; elle reste assez prudente. Pour cette intégrale simple, les méthodes déterministes sont beaucoup plus précises à coût comparable ; Monte-Carlo introduit une autre façon d'estimer une accumulation.

Brouncker : calculer le logarithme de 2 avec des rationnels

La série associée à Brouncker s'écrit, en regroupant les termes par paires,

\[\ln2=\frac1{1\times2}+\frac1{3\times4}+\frac1{5\times6}+\cdots.\]

Nous la justifions par une identité finie et une borne du reste, puis écrivons l'algorithme. Pour \(n\geqslant1\), posons

\[B_n=\sum_{k=0}^{n-1}\frac1{(2k+1)(2k+2)},\qquad U_n=B_n+\frac1{2n+1}.\]
from fractions import Fraction

def brouncker(n):
    if type(n) is not int or n < 1:
        raise ValueError("n doit etre un entier positif")
    bas = Fraction(0)
    for k in range(n):
        bas += Fraction(1, (2*k + 1)*(2*k + 2))
    haut = bas + Fraction(1, 2*n + 1)
    return bas, haut, (bas + haut)/2

bas, haut, milieu = brouncker(10)
print(bas, haut)
print(float(milieu))

Ici les bornes retournées sont des fractions exactes : leur preuve s'applique sans erreur d'arrondi. Convertir en flottant permet un affichage approché, mais ne transforme pas un arrondi vers l'intérieur en borne valide. Les grands dénominateurs rendent cette version exacte moins rapide qu'une somme flottante.

\(n\)\(B_n\) approché\(U_n\) approchémoyenne approchée
10,5000000,8333330,666667
20,5833330,7833330,683333
100,6687710,7163900,692581
1000,6906530,6956290,693141

Boîte à outils : Réflexes pour le bac

Bilan à vérifier par une variante

Peux-tu choisir et vérifier une primitive, expliquer le signe d'une intégrale, calculer une aire entre courbes et une moyenne, écrire une IPP sans perdre un terme de bord, ou justifier un encadrement numérique ? Une réponse accompagnée de son domaine et d'un contrôle est plus informative qu'une formule seule.

Variante sans corrigé : pour \(f(x)=x^2-2x\) sur \([0,3]\), détermine une primitive qui vaut 4 en zéro. Calcule ensuite l'intégrale, l'aire géométrique et la valeur moyenne. Dessine les deux régions avant de calculer. Pour prolonger, pose \(J_n=\int_0^1x^n\e^{-x}\,\mathrm{d}x\) : cherche une récurrence et un encadrement prouvant la convergence vers zéro.

Prochaine fiche : équations différentielles, où l'inconnue est une fonction dont on connaît une relation avec sa dérivée.